# Billet doux : pas besoin de papiers pour être soigné

La proposition de la suppression de l’aide médicale d’Etat (AME) qui nous permet aujourd’hui de prendre en charge dans des conditions normales une partie des patients sans papiers est inquiétante.

Il fait tout d’abord examiner les effets d’une telle mesure en termes de santé publique.

Il s’agit d’une aberration car la santé d’une population sur un territoire dépend de la bonne santé de chaque personne qui réside dans ce territoire.

C’est particulièrement le cas en ce qui concerne les maladies contagieuses car les agents infectieux n’ont pas besoin de papiers pour se transmettre d’une personne à l’autre.

Quelle que soit l’origine du malade, les règles sont les mêmes et l’intérêt collectif impose une prise en charge identique pour éviter des conséquences dont tout le monde souffrira.

Par ailleurs, n’en déplaise à certains, les valeurs morales formalisées dans le monde médical par ce qui est appelé la déontologie, sont pour la très grande majorité des soignants supérieurs à toutes les lois qui peuvent être imposées par un gouvernement.

Nous sommes là pour prendre en charge toute personne qui souffre afin d’essayer de la soulager au mieux sans aucune distinction d’origine, de revenus ou encore de sexe ou d’âge.

Enfin, l’argument avancé est que les personnes bénéficiant de cette prise en charge mettrait notre système de santé en péril du fait du coût financier du dispositif. Parlons donc chiffres : les dépenses de l’AME en 2021 se sont élevées à 1 milliard d’euros soit à peine 0,5 % de l’ensemble des dépenses de santé.

Cela semble très supportable et même très efficace pour une population d’environ 370 000 bénéficiaires.

Ceux qui veulent donc y mettre fin sont animés uniquement par la volonté de désigner des boucs émissaires pour cacher les vraies raisons de la dégradation de notre système de protection sociale et du fameux « trou de la sécurité sociale ».

Car que représente cette somme face au montant de la fraude fiscale en France estimée entre 80 et 100 milliards ou encore aux bénéfices de l’industrie pharmaceutique qui se montent à près de 8 milliards d’euros pour la seule entreprise SANOFI ?

Il est aussi possible d’évoquer la fraude aux cotisations sociales pour travail dissimulé qui est estimée entre 3,9 et 5 milliards.

Si la colère est légitime face à la dégradation de l’hôpital et de notre système de santé, il ne faut pas se tromper d’adversaire et ne pas voir que la désignation de « l’étranger qui profiterait du système » comme la principale cause de ses problèmes.

Il s’agit d’un leurre pour cacher les vrais responsables qui sont en fait ceux qui tiennent les ficelles en sous-main, ce qui leur permet de continuer à exploiter le système dans leur intérêt, au détriment de l’ensemble de la population avec ou sans papiers.

Dr Christophe Prudhomme

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