# Billet doux : La santé, c’est le service public

La crise que connaît la pédiatrie hospitalière est un exemple emblématique de la dégradation des services publics qui pose un grave problème aux néolibéraux qui nous gouvernent.
En effet, ces derniers développent une stratégie très organisée d’attaque par touches progressives de notre système de santé afin de mettre en avant comme alternative obligée le secteur privé lucratif. Mais pour la pédiatrie, le problème est que 95 % de l’activité hospitalière est assurée par le service public, car il s’agit d’un secteur à haut risque avec une faible rentabilité.
Donc quand l’hôpital public s’effondre, il n’y a pas d’alternative, n’en déplaise au président de la Fédération de l’hospitalisation privée, membre de la direction du MEDEF, qui se répand régulièrement dans les médias pour expliquer que les cliniques privées sont bien mieux gérées que l’hôpital et peuvent « l’aider » à répondre aux besoins de la population. L’épidémie COVID a bien montré que, malgré la mobilisation des personnels de ces établissements, leurs moyens étaient très limités en lits de réanimation, activité elle aussi pas très rentable et présente uniquement dans quelques grandes cliniques.
Nous voyons donc bien que ce qui intéresse ce secteur, ce sont les activités pouvant générer facilement des bénéfices, comme par exemple la chirurgie ambulatoire, la radiologie ou encore la dialyse.
D’ailleurs, le bilan d’activité de ces établissements montre que 80 % de leur activité est assurée sur quelques créneaux, laissant ce qui est moins « intéressant » au secteur public.
Un autre secteur en grande déshérence est la pédopsychiatrie, c’est-à-dire la psychiatrie de l’enfant, dont l’activité est assurée à quasiment 100 % par le public. Comment accepter qu’aujourd’hui, par manque de moyens, les délais de rendez-vous pour la prise en charge de jeunes enfants en souffrance soient souvent de 6 mois à un an.
Il s’agit là d’une situation d’abandon qui peut être caractérisée de non-assistance à personnes en danger. Car c’est bien l’avenir de ces gamins qui est souvent irrémédiablement compromis.
L’affaire ORPEA est une autre illustration emblématique de ces dérives. Face à ce désastre, la réponse du gouvernement est inacceptable en essayant d’étouffer la grogne des personnels par quelques primes supplémentaires. La question de fond est de savoir si la santé relève exclusivement du service public.
A priori, d’après de multiples études, cela semble être l’opinion majoritaire dans la population qui se traduit par le slogan largement repris dans les manifestations : « La santé n’est pas une marchandise, l’hôpital n’est pas une entreprise ».
Il est donc urgent de mettre en œuvre des réformes instaurant un véritable service public de santé, excluant toutes les activités marchandes, avec des moyens humains et matériels suffisants. Si nous continuons à les laisser faire, nous courons tout droit vers un système à l’américaine, très inégalitaire et aux résultats catastrophiques pour la très grande majorité de la population.
Dr Christophe Prudhomme

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