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Billet dur : #Psychiatrie

Le billet d’humeur des conseillers Cgt qui siègent au Conseil de la Cnam. Retrouvez les chroniques de Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93 et conseiller Cgt au conseil de la Cnam.

Une nouvelle fois le gouvernement répond à un problème de santé publique par une grande messe appelée les Assises de la psychiatrie qui accouche d’une souris. Comme pour le fameux Ségur, alors que la question principale est celle des lits et des personnels, le ministre Véran pérore autour de mesures cosmétiques qui, par ailleurs, provoquent des oppositions comme la fameuse consultation chez le psychologue sur prescription médicale.

En fait le problème est ancien et date de la fin de « l’asile » réclamé à juste titre par les psychiatres. Le soin ne pouvait se résumer à l’enfermement des malades dans des hôpitaux relégués très loin de villes. Il a été alors décidé d’ouvrir les portes et de prendre en charge les malades dans leur environnement de vie, c’est-à-dire en limitant au maximum les hospitalisations.

Cette évolution mise en place progressivement dans les années 1970 a été confrontée au tournant de la rigueur des années 1980, puis à la pensée unique libérale du « tout ambulatoire ». L’objectif est alors devenu la suppression massive de lits pour faire des économies et la psychiatrie a été très fortement impactée. En effet, alors qu’une prise en charge adaptée des patients hors de l’hôpital nécessite un personnel important, là aussi les réductions d’effectifs couplée à un manque de formation de psychiatres nous a conduit dans une impasse.

Aujourd’hui, les patients sont abandonnés et nous les retrouvons dans la rue (comme les toxicomanes relégués dans un « camp de concentration » à Paris) où en prison où il est estimé que plus de 20 % de la population incarcérée souffre de troubles psychiatriques.

Il est donc urgent de rouvrir des lits et des structures pour prendre en charge ces patients. Par ailleurs, la psychiatrie est un domaine où le soin ne repose pas sur des actes techniques mais nécessite des professionnels dont le principal « outil » est le temps pour écouter et accompagner les patients.

Ne pas abandonner ces malades est un choix de société essentiel et il est bon de se rappeler les paroles de Lucien Bonnafé, éminent psychiatre et grand humaniste : « On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous. »

Dr Christophe Prudhomme

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