#Billet dur : Médicaments : quelles priorités ?

E. Macron nous a vanté la réindustrialisation de la France en se déplaçant dans une usine du groupe Novo Nordisk à Chartres où doit être investi 2,1 milliards avec à la clef la création de 500 emplois.

Au premier abord, il est possible de se féliciter mais quand on étudie de plus près le projet, le tableau est moins attrayant. En effet, cette usine produisant déjà de l’insuline va devenir un des lieux de production du médicament antidiabétique qui est maintenant vendu pour lutter contre l’obésité et qui constitue une poule aux œufs d’or.

Je cite un article de presse : « Les investisseurs parient sur un marché de 100 milliards de dollars en 2030…. Même s’ils sont chers, le marché parie qu’ils seront à l’avenir remboursés ».

Face à l’explosion de l’obésité dans les pays riches et développés, les lois du marché sont appliquées de manière très avantageuse avec un prix de vente de ce médicament au tarif de 300 euros pour 4 semaines en Allemagne et 1 200 euros aux États-Unis.

Il est bon de rappeler que les découvreurs de l’insuline ont cédé leur brevet pour un dollar symbolique afin que ce produit qui sauve des vies devienne un bien commun de l’humanité.

Si l’obésité est un problème de santé publique majeur, la priorité est-elle de prioriser un traitement médicamenteux avec des effets secondaires toujours potentiellement graves ou bien de s’attaquer au problème du mode de vie et à la malbouffe.

Visiblement ce qui est privilégié dans notre monde capitaliste est de fabriquer et de vendre toujours plus de produits, pour toujours plus de bénéfices sonnants et trébuchants. Il est beaucoup moins rentable de former des professionnels de santé pour accompagner les personnes concernées par l’obésité à adapter leur régime alimentaire et à adopter une vie saine.

A cela s’ajoutent les actions auprès de l’industrie agro-alimentaire et des producteurs de repas afin qu’ils proposent des produits plus sains. Mais là aussi, le business prime, comme le montre notamment les freins à la généralisation du Nutri-Score.

En termes de performance industrielle, nous ne pouvons qu’être déçus car cette usine ne produira pas le principe actif du médicament mais ne se chargera que de la dilution et du remplissage des stylos d’injection.

En ce qui concerne les créations d’emploi, les 500 emplois promis sont peu par rapport aux 5000 emplois supprimés par Sanofi en France en une dizaine d’années ou tout récemment la fermeture de Récipharm, producteur de vaccins en Indre-et-Loire, avec 360 suppressions d’emploi ou de Synthexim, producteur de principe actifs à Calais avec 110 emplois disparus.

Enfin, au regard des pénuries de médicaments essentiels qui augmentent d’année en année, la priorité n’est-elle pas de rapatrier en France la fabrication des principes actifs actuellement fabriqués en Chine ou en Inde, plutôt que de prioriser la production de médicaments peut-être utiles mais bien moins essentiels comme ceux contre l’obésité.

Visiblement pour E. Macron, la priorité ne semble pas être les priorités de santé publique mais bien les actionnaires en les aidant à obtenir le meilleur retour sur investissement.

Dr Christophe Prudhomme

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