Billet dur : Docteur junior

Le billet d’humeur des conseillers Cgt qui siègent au Conseil de la Cnam. Retrouvez les chroniques de Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93 et conseiller Cgt au conseil de la Cnam sur le site du journal L’Humanité.

Une nouvelle réforme des études médicales a allongé la période de l’internat qui s’étale maintenant sur 4 à 6 ans selon les spécialités. Cela signifie que les jeunes médecins ne peuvent vraiment exercer pleinement leur métier qu’au bout de 10 à 12 ans d’études.

En fin de cursus, sous réserve d’avoir validé leur thèse de doctorat, les internes obtiennent le titre de « médecin junior » et peuvent donc travailler à l’hôpital comme médecin avec toutes les responsabilités afférentes, mais ils continuent à être payés comme internes.

En fait, il s’agit de la transposition de ce qui existe dans d’autres secteurs d’activité avec les stagiaires en fin d’études qui occupent des postes de salariés à responsabilité tout en étant sous-rémunérés.

Ce qui est scandaleux est que ce sont les fameux praticiens hospitalo-universitaires, c’est-à-dire les professeurs de médecine, qui ont imposé cette réforme au gouvernement qui a sauté sur l’occasion pour pouvoir faire fonctionner les hôpitaux au moindre coût en bénéficiant d’une main d’œuvre qualifiée, taillable et corvéable à merci.

La crise actuelle a mis en lumière de manière brutale ce système de surexploitation des jeunes médecins qui, restant sous tutelle et étant dans l’obligation de remplir leur service pour valider la fin de leur cursus, ont été contraints de multiplier les heures et les nuits de travail pour assurer le fonctionnement de l’hôpital dans un contexte de pénurie de praticiens hospitaliers titulaires.

En effet, il faut savoir qu’au-delà des fermetures massives de lits qui nous font cruellement défaut aujourd’hui, l’hôpital public manque dramatiquement de médecins avec 25 % des postes de titulaires vacants.

Et encore ce n’est qu’une moyenne ! Dans le secteur de la réanimation, essentiel aujourd’hui, le déficit est estimé à 1 000 médecins. La solution d’avenir ne peut être de pressurer les plus jeunes au risque de les dégoûter, voire même pire avec l’augmentation du nombre de suicides chez les internes constatée ces derniers mois, très souvent dans un contexte d’épuisement professionnel.

Dr Christophe Prudhomme

Une réflexion au sujet de « Billet dur : Docteur junior »

  1. Tout à fait lucide et par suite souscrivant au propos du Dr Prudhomme, je constate qu’en beaucoup de domaines il en va de même, les politiciens au pouvoir ne sont plus que les serviteurs (pour ne pas dire les esclaves) des oligarchies financières. Ce à quoi, pour être honnête, il faut ajouter que la constellation des partis politiques dits de gauche, tout en manifestant leur dispersion, révèlent dans le même temps que des « egos » surdimensionnés, leur incapacité à pouvoir un jour gouverner. Mais peut-être qu’ils en ont pleinement conscience ? … et s’en lavent les mains.

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