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# Billet dur : Numerus clausus

Le billet d’humeur des conseillers Cgt qui siègent au Conseil de la Cnam. Retrouvez les chroniques de Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93 et conseiller Cgt au conseil de la Cnam sur le site du journal L’Humanité.

Alors que l’épidémie de COVID-19 a clairement démontré – s’il en était encore besoin – que nous manquions de médecins en France, le gouvernement actuel persiste dans sa politique de restriction du nombre d’étudiants dans les facultés de médecine.

Monsieur Macron accumule en effet les mensonges, dans le cas présent l’annonce d’une réforme du mode de sélection avec la « suppression du numerus clausus ».

En fait, il n’en est rien, car si le gouvernement ne fixe plus un nombre de places annuel du nombre d’étudiants entrant en deuxième année de médecine, il a délégué cette tâche aux Universités dans les régions.

Tout cela avec une perversité sans nom car, y compris les facultés qui auraient pu augmenter les quotas ne l’ont fait qu’à la marge faute de moyens.

En effet, dans le cadre de l’autonomie des universités issue de la réforme datant du quinquennat de Sarkozy, les budgets ne sont pas à la hauteur des besoins.

A cela s’ajoute la position du représentant national des doyens des facultés de médecine qui ne souhaite pas « trop augmenter le nombre d’étudiants pour ne pas avoir trop de médecins après 2030 » !

Le résultat est catastrophique pour les étudiants en cette fin d’année de mise en place de la réforme : un nombre de places insuffisant au concours avec une absence de possibilité de redoublement, grande nouveauté pour cette année, renvoyant les recalés à des études en licence avec une possibilité de réintégrer les études de médecine à l’issue.

La mobilisation des étudiants et de leurs familles a permis sous la pression d’un rapport sénatorial et surtout d’une injonction du Conseil d’État au gouvernement pour qu’il revoit sa copie, d’apporter quelques évolutions qui restent cependant très loin de proposer une solution pérenne au problème.

La conséquence est un gâchis immense et des jeunes sacrifiés qui, pour ceux qui ont la chance d’avoir une famille qui peut les soutenir, vont essayer de poursuivre leurs études à l’étranger.

La presse belge vient notamment de se faire l’écho d’un afflux massif d’étudiants français dans leurs facultés de médecine. Nous constatons ainsi que le gouvernement profite de la crise pour poursuivre sa politique d’organisation de la pénurie de médecins, lui servant en particulier d’argument pour restructurer et fermer des services et des hôpitaux.

Dr Christophe Prudhomme

Note de la Cgt Cnam: et il n’est impossible que cette manière insidieuse de limiter le nombre de médecins poursuit aussi l’objectif de maintenir le haut niveau de rente acquise par les médecins libéraux, notamment du secteur 2 (autorisés à pratiquer des dépassements d’honoraires). Ceci par la rareté  organisée  de la profession. Les rentes en questions ? Les dépassements d’honoraires, la prix des cabinets libéraux à la revente (notamment ceux des spécialités très rentables) lors du départ à la retraite (bien plus lucratif qu’une assurance vie !). Et aussi, les tarifs très élevés des médecins intérimaires intervenant à l’hôpital, entre autres exemples.

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