#Billet dur : Médecine à deux vitesses (suite)

Après la prestation dite de deuxième avis dont j’ai parlé la semaine dernière, voici aujourd’hui une nouvelle offre proposée par des médecins qui sont visiblement plus intéressés par la médecine business que par la réponse aux besoins de santé de l’ensemble de la population pour laquelle ils ont bénéficié d’une formation payée par l’Etat.

Il s’agit cette fois de la société Zoï qui propose un bilan de santé appelé check-up (cela fait plus sérieux !), pour la modeste somme de 3 600 euros.

Parmi les premiers clients sont cités des hommes d’affaires comme Xavier Niel ou encore Stéphane Bancel, patron du laboratoire pharmaceutique Moderna qui s’est enrichi grâce au vaccin contre la COVID. Leur objectif annoncé est, grâce à la prévention, d’améliorer son espérance de vie en bonne santé. Du fait d’une organisation de la médecine libérale rendant l’organisation de ce type de bilan de santé compliqué car faisant intervenir de multiples professionnels dont la coordination est aléatoire, ils proposent un service regroupé sur deux heures dans un lieu unique.

Cette nouvelle offre commerciale pose plusieurs questions. D’un part le contenu des examens dont certains relèvent encore de la recherche, comme l’analyse de biomarqueurs qui seraient censés prédisposer à certaines maladies, afin de proposer ensuite, via une application mobile, des recommandations personnalisées de prise de médicaments, des conseils de nutrition, sportifs, etc.

D’autre part, elle n’est pas prise en charge par la sécurité sociale. Plus fondamentalement, le problème principal est que les dysfonctionnements de notre système de santé poussent à l’émergence de ce type de service.

En effet, le suivi médical d’un patient doit normalement être assuré par son médecin traitant qui bénéficie pour cela d’une rémunération forfaitaire par l’assurance maladie. Mais encore faut-il avoir un médecin traitant et que celui-ci prenne le temps de s’occuper d’un suivi adapté, incluant des examens de prévention, ce qui dans le cadre de la rémunération à l’acte est quasiment impossible.

Le plus grave est que cette mission de bilan de santé est normalement assurée par les centres d’examens de santé de la sécurité sociale. Mais ils sont aujourd’hui trop peu nombreux et ne bénéficient pas du matériel moderne adapté permettant la réalisation d’examens ciblés personnalisés.

Face à ces dérives de la médecine se transformant en service marchand, il est indispensable de modifier le mode d’exercice et de rémunération des médecins pour qu’ils puissent assurer un suivi global de leurs patients, intégrant la prévention. Pour cela la solution est bien celle qui devient de plus en plus incontournable, à savoir la fin de l’exercice libéral isolé associé à une rémunération à l’acte. Seul un exercice collectif avec des professionnels salariés, dans des centres de santé bénéficiant d’un équipement moderne financé par la sécurité sociale permettrait de répondre à l’évolution nécessaire vers une médecine préventive dont l’objectif est de maintenir dans le meilleur état de santé possible le plus longtemps possible l’ensemble de la population.

Dr Christophe Prudhomme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *