#Billet doux : autosatisfaction et manipulation

Le ministre de la Santé organise des points réguliers pour évaluer la situation dans les services d’urgences dans le cadre de la mise en œuvre des propositions de sa fameuse mission flash de fin juin.

Le rôle que lui demande de jouer le gouvernement le rend pathétique. Il se satisfait de l’absence de catastrophe et publie des chiffres sur de belles diapositives qui ne correspondent pas à la réalité de terrain rapportée par les professionnels.

En ce qui concerne les chiffres, tout le monde a pu constater récemment dans le cadre de l’épidémie de COVID-19 qu’il est très facile de manipuler des données en fonction des résultats que l’on souhaite obtenir.

Et bien, le ministre Braun pratique de la même manière. Le meilleur exemple est donné par la situation au CHU de Bordeaux, premier hôpital en crise à avoir adopté la procédure de « filtrage » de l’arrivée aux urgences par une obligation d’appel au centre 15.

Les retours des personnels des urgences et du SAMU sont éloquents. Aux urgences, les personnels se sont mis en grève pour protester contre le fait que le problème n’était pas un soi-disant afflux de patients qui « viendraient pour rien aux urgences » mais le manque de lits pour hospitaliser les 20 à 25 % de patients les plus graves.

Du côté du SAMU, le chef de service lors d’une récente interview contredisait le ministre, tant sur ses chiffres que sur l’efficacité de ses mesures. Il faisait état d’une augmentation de plus de 20 % des appels sans personnels supplémentaires avec des délais de décroché qui s’étaient allongés, ce qui mettait en danger les patients les plus graves pour lesquels le délai d’intervention est un facteur essentiel pour leur pronostic.

Il évoquait aussi son incapacité à embaucher des assistants de régulation médicale au pied levé et l’épuisement de ceux en poste avec des démissions, ce qui aggravait encore la situation. Bref le véritable bilan des mesures préconisées par F. Braun est d’avoir étendu la crise du service d’accueil des urgences au SAMU dans un des plus gros CHU de France. Bravo !

A cela s’ajoute le récit poignant d’un urgentiste paru dans Libération dont le titre se suffit à lui-même « Un urgentiste témoigne après la mort d’une patiente laissée dans un couloir ». Un nouveau décès lié au manque de personnel qui s’ajoute à tous ceux relatés dans la presse ces dernières années et à tous ceux restés sous silence.

Alors, monsieur le ministre nous ne pouvons accepter vos conclusions qui sont de généraliser dès cet automne le mode de fonctionnement dégradé mis en place cet été.

Il va falloir s’attaquer aux vrais problèmes. Notamment à celui de l’injuste répartition des médecins sur le territoire et d’un mode d’exercice qui ne répond plus aux besoins de la population.

Il n’est pas non plus acceptable que vous validiez la politique de destruction des services publics accélérée par E. Macron depuis 5 ans au domaine hospitalier.

Disposer d’un hôpital avec un service d’urgences ouvert 24 h sur 24 à moins de 30 minutes de son domicile constitue un droit pour tous les citoyens, droit inscrit dans la constitution qui prescrit que « l’Etat doit à tout citoyen une égalité de traitement au niveau des services publics quel que soit son lieu de résidence sur le territoire ».

Dr Christophe Prudhomme

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