Une nouvelle étude vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses indiquant que la pollution environnementale pourrait avoir un impact sur la santé cardiovasculaire.
Une publication du journal médical européen de référence en cardiologie montre que les personnes ayant subi un infarctus grave présentaient des taux élevés de micro- et de nanoplastiques dans le sang par rapport aux patients chez lesquels les vaisseaux irriguant le cœur étaient normaux. Les résultats indiquent que ces particules étaient présentes chez 84 % des malades contre 32 % chez ceux n’ayant aucun trouble cardiaque.
Le type de plastique le plus courant était le polyéthylène, couramment utilisé dans les emballages et les produits de consommation courante.
A cela s’ajoute le fait qu’il a été constaté que les patients exposés à des niveaux élevés de pollution atmosphérique à long terme, mesurée par le niveau de particules fines, étaient plus susceptibles de présenter des microplastiques dans leur sang, situation multipliée par six chez les fumeurs. Tous les patients fumeurs et exposés à des niveaux élevés de pollution avaient des microplastiques dans le sang, contre seulement 12,5 % des non-fumeurs et non exposés à ces niveaux de pollution atmosphérique.
Les chercheurs précisent que les antécédents de tabagisme sont étroitement liés à la présence de microplastiques dans le sang. Ces résultats suggèrent, disent-ils, que le tabagisme pourrait faciliter la pénétration des particules dans la circulation sanguine via les poumons et que la pollution atmosphérique pourrait agir de manière similaire. Leur conclusion est que la protection de la santé cardiovasculaire dépendra à l’avenir de plus en plus de la réduction non seulement des facteurs de risque traditionnels, mais aussi du fardeau croissant des polluants environnementaux, parmi lesquels les plastiques pourraient bientôt jouer un rôle central.
Ces informations montrent clairement que la stratégie de santé publique développée jusqu’à présent qui ne se focalise que sur la modification des comportements individuels ne prend pas en compte la réalité des risques collectifs auxquels est exposée l’ensemble de la population.
Cette situation est notamment liée au lobbying industriel qui depuis des décennies a tout fait pour empêcher que ce type d’études soient réalisées, voire quand elles existaient, qu’elles soient publiées. Cela a été le cas pour l’amiante notamment et aujourd’hui il s’agit de minimiser la toxicité des pesticides, comme nous l’avons vu lors des débats sur la loi Duplomb.
Nous disposons aujourd’hui de suffisamment de données pour dire avec force que nous devons réduire drastiquement les pollutions, notamment celles liées aux plastiques qui touchent largement la faune dans les océans mais aussi les humains. Des solutions existent pour se passer des plastiques. Engager la transition est une urgence avant que les dégâts soient irréversibles. La santé doit être prioritaire sur les intérêts économiques, en l’occurrence ceux de l’industrie pétrolière qui est à l’origine de l’invasion des plastiques dans notre quotidien que nous subissons depuis des décennies.
Dr Christophe Prudhomme
